miércoles, 28 de septiembre de 2011

Mais pourquoi tant de grillage?

Essai-rêverie après 5 jours en Italie du sud
Septembre 2011

Sur les ponts au-dessus des routes, dans les sites archéologiques au moindre signe de danger, autour des propriétés, autour du chantier du fort de Matera, des plages privées de Sorrento : des grillages. Des barrières en fait, des remparts, bien construits avec ce qu’il faut d’acier et de massifs cadenas. Pourquoi tant de clôtures ?
Et de messages de sécurité aussi : « probabilité que le tunnel soit éteint », « danger, illumination du tunnel insuffisante », « il est sévèrement interdit d’entrer ». Pendant 5 minutes avant l’entrée du train de la Circumvesuviana en gare de Pompei, l’avertissement résonne en boucle en quatre langues : « sévèrement interdit de dépasser la ligne jaune ». Et dans toutes les douches le cordon d’appel d’urgence.
L’Italie a-t-elle aujourd’hui tant besoin de protection qu’elle se hérisse de messages de prudence ? Pas de prudence véritable, bien sûr, on double encore dans les côtes tout en téléphonant ; les motards suicidaires s’élancent dans les courbes, jugulaire défaite, ou enfants au guidon. Pas une prudence calculée donc, alors une demande de protection inconditionnelle ?, un besoin d’être couvé ?
Est-ce nouveau ?


A Trani, dans la lumière du petit matin, on peut admirer la conque parfaite du vieux port bordé d'austères palais carrés et au bout la cathédrale.

A Melfi, une fois quittée l’usine Fiat, c’est la campagne pleine de lumière, blonde des graminées sèches et noire de cette terre épaisse que le labour a cassée en grumeaux. Parfois une forteresse carrée au sommet de la colline.



Sur les pentes du Vésuve, autour de la route en tire-bouchon, les pins ont semé d’aiguilles rousses le chaos volcanique, ce tapis craquelé de lave. La pâte brûlante et visqueuse s’est figée en cavernes et replis paresseux. Plus haut, après avoir longé le fleuve de la coulée solidifiée, on arrive au départ du sentier sommital. Si l’on arrive avant 5 heures (pas moi), on peut gravir en lacets les derniers 200 mètres dans la poussière brune jusqu’au bord du cratère. Des chiens errants de toutes couleurs se demandent ce qu’ils font là.

Entre les chênes en descendant, l’Observatoire du Vésuve est abandonné, ouvert à tous les vents, fenêtres brisées, couloirs taggués aux dalles qui résonnent.


Poème chinois

Dans la forêt du grand Tout,
quand la lumière du matin descend en dais sous les hauts sapins,
je suis un brin de mousse, le plus fin et le plus vert clair des brins de mousse,
parfois un rayon m’atteint, me chauffe et me sèche,
bien à ma place sous le couvert ombreux,
j’entends les échos des branches et des ailes.


Pompei ville, le sanctuaire 1900, les bonnes œuvres du bienfaisant Bartolomo Longo, libre penseur repenti, miraculeusement converti par un saint tableau de la vierge, et se consacre à la propagation de la foi par l’entremise de la fortune de sa protectrice.

Vu les affiches pour les « Lunes de Pompei », spectacle nocturne. Génie italien pour le business du tourisme.

Mozzarelle, yaourts et glaces au lait de bufflonne.
Dolci, dolci, dolci, friandises, petits fours, sfogliatelle, cannoli (à Naples, taralli).
On paie à la caisse avant d’être servi ; l’étranger, qui l’oublie toujours, se sent un peu étranger.
Etrange patois guttural du Napolitain, idéal pour apostropher. Dans le train, on siffle les femmes, systématiquement.

Rien à dire sur les ruines de Pompei.
(Ah si, les riches arrivaient jusqu’à la Porta Marina en bateau, en remontant le fleuve.)



Peu à dire sur Naples.
Comme prévu, la ville se compose à parts égales :
1-       de lessive étendue dehors,
2-       de Napolitains devant leur seuil,
3-       de motos en train d’obstruer le passage, qu’elles soient en mouvement ou arrêtées,
4-       de détritus,
5-       d’églises baroques,
6-       de bâtiments d’habitation ayant connu de meilleurs jours,
7-       d’autels de rue ornés de chromos du Christ aux yeux révulsés.

Voyez quand même le christ baroque de marbre dans la chapelle Sansevero et au musée les peintures de Pompei.


J'oubliais. Au cas où vous doutiez de la survivance de la culture classique en Italie : vous verrez en villes des affichettes vantant des cours d’anglais, comme dans le monde entier, mais aussi des « leçons de diction italienne » et des « cours particuliers de latin et grec » !


Passez Sorrento. Trop de voitures, même fin septembre, et trop peu de vie. Osez quand même descendre jusqu’à la mer par les amples cavernes taillées dans la falaise volcanique. L’eau est transparente sur le sable noir. Rêvez que vous remontez à cheval, poursuivi par la marée grondante.

Sur la côte amalfitaine, encore plus de voitures mais ne la manquez pas (ou allez en train ?) La route est posée la où un coin de falaise un peu moins vertical permettrait de faire passer un autobus. N’espérez pas faire halte aux villages, mais arrêtez vous aux belvédères, vous achèterez une pêche au maraîcher, ou du limoncello qu’il fait lui-même.

A Ravello imaginez la vie byronnienne des millionnaires bohêmes.

Matera, chaos de cavernes. De loin, un monceau de molaires déversées sur la pente sous le ciel violacé et couronné par le clocher aigu de la cathédrale. La nuit d’Halloween, les maisons illuminées luisent sûrement comme des cierges dans des crânes.


De près, on s’aperçoit que la ville haute est faite de palais bien bâtis en calcaire clair, avec de hautes façades et des cours princières. De près, on s’aperçoit aussi que les « sassi », les cavernes humides où la majorité nécessiteuse s’entassait avec ses bêtes jusqu’aux années 50, sont devenus maintenant l’antre des bobos. Le troglodyte moderne a ses aises. Ou il tient une chambre d’hôtes de luxe.
De sept à huit heures du soir, après avoir ciré ses souliers, on se promène sur le cours, on parle, on mange une glace.

A Alberobello, tendez l’oreille et vous apprendrez le hollandais dans le quartier des « trulli », comme on nomme ici les bories. Les murs cylindriques sont blanchis à la chaux, pour le toit on dispose en cône des pierres de calcaires gris, et au dessus une pointe blanche, ou une girouette en fer-blanc. Le plus beau est que les trulli viennent en troupes serrées. De différentes tailles, ils se fondent. Les toits surtout prennent des formes courbes et continues, comme des champignons poussés top près et dont les chairs se sont unies.

La passion touristique n’entame pourtant pas les fêtes patronales. Le long du cours Vittorio Emanuele on a mis les décorations : des pylônes en bois beige, doublés de dentelles de métal blanc et garnis de lumignons, figurent les pilastres du palais des rois mages. Ils vous conduisent à l’église SS Côme et Damien.  Sur la porte d’entrée, on vous rappelle d’éteindre votre téléphone mais en travers de la façade, une bannière vous informe que les saints s’offrent à recevoir votre intention de prière par SMS (sans surcharge).
Les forains vous proposent des nougatines et des pralines. Les maraîchers ont à leur étal les merveilleux produits de la région. Châtaignes gonflées, raisins énormes, olives vert foncé grosses comme des œufs, grenades rose tyrien prêtes à éclater, piments brillants, tomates, pêches duveteuses, citrouilles…

A Locorotondo, depuis 5 siècles, les maisons doivent par règlement être blanchies à la chaux. Le centre est  en effet tout rond, de jolies maisons paisibles. Quelques palais pas du tout orgueilleux et des chapelles romanes aux chapiteaux naïfs. Le tourisme gagne cependant. Si l’Alberobello actuel est un présage, on tremble à imaginer la suite.

Parlant de présages, vous pouvez déjà acheter l'almanach 2012 Frate Indovino, avec toutes les prédictions pour l’année qui vient.

Ou si vous ne vous contentez pas de promesses, inscrivez vous au séminaire « Eros creativo » de l’association littéraire…

Jetez un coup d’œil à votre montre : vous avez exactement le temps de reprendre la route, redescendre du plateau calcaire vers la mer et suivre la triste autostrade jusqu’à l’aéroport de Bari.


Et revenez…