viernes, 25 de marzo de 2022

Complexité de la politesse

Au départ c'était simple. "Défense d'afficher", proclamait la loi du 29 juillet 1881.

Puis on fit des phrases complètes. "Il est défendu de parler au conducteur".

Plus tard, il fallut être poli : "Prière de laisser ces lieux dans l'état où vous voulussiez les trouver".


Aujourd'hui les consignes se donnent à la première personne du pluriel, et s'enrobent de positivité très boy-scout. "Ensemble, privilégions la convivialité !"

C'est fort joli à lire ou à entendre. Je ne suis pas très sûr de ce que je suis censé faire, toutefois.

viernes, 31 de diciembre de 2021

Théorème du volley-ball et théorème de la marchande de pêches

Il me semble que dans la vie professionnelle, un secret du bonheur est de bien choisir les sujets dont on s'occupe et ceux dont on ne s'occupe pas. Les premiers, je m'y consacrerai avec un sens entier de la mission. Et les sujets dont je ne m'occupe pas, je ne les laisse pas me préoccuper. Je fais confiance aux responsables pour qu'ils les traitent et je les laisse tranquilles, avec le fond de conviction qu'à leur place je prendrais probablement les mêmes décisions qu'eux et qu'en général je ne ferais pas mieux.

En classe de quatrième, lors du premier cours de sport du cycle, le professeur énonça le théorème du volley-ball : "il est permis de se jeter sur la balle en criant : J'ai !" Corollaire : il n'est pas permis de sauter dans la direction opposée en criant : "Débrouillez-vous !"
C'est devenu pour moi un principe de vie. J'ai une allergie contre les interférences, notamment contre les spectateurs qui donnent leur avis sur tout sans rien faire eux-mêmes. Ou les personnes qui se rebellent au dernier moment contre l'organisation (d'un projet par exemple, mais cela vaut aussi pour l'organisation d'un week-end ou d'une fête) alors qu'ils n'ont rien proposé quand c'était possible.
Ou, dans le domaine professionnel, les personnes qui parcourent les couloirs d'un air grave et vous expriment leur "préoccupation" sur tel ou tel sujet qui est du ressort de quelqu'un d'autre. Je suppose que dans ce cas ils souffrent simplement d'une surcharge d'angoisse et qu'ils ne peuvent la soigner qu'en la transférant à quelqu'un d'autre. Cette déperdition d'énergie ne sert qu'à augmenter la nervosité ambiante.


J'ai aussi une aversion pour les personnes qui soudain viennent impérieusement mettre leur grain de sel dans mon projet puis, une fois cette faveur dispensée, disparaissent de la scène. C'est une attitude d'autant plus irritante que leur contribution est en général non pertinente, ou contribue à envenimer les postures et défaire l'élan que vous essayiez de construire.
Il s'agit là d'une atteinte à un autre théorème, le théorème de la marchande de pêches : "Quand vous avez touché quelque chose, c'est à vous".
En d'autres termes, si vous voulez prendre une responsabilité, prenez-la, mais vous n'avez pas le droit de l'abandonner en route.

Comme dans la pièce de Musset, "Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée". Les interstices alimentent des comportements inefficaces et perturbants.

jueves, 22 de abril de 2021

Cuisine : la technique de la souris verte

Qui a dit que l'eau et l'huile ne sont pas miscibles?

Si vous allez à Shanghai, goûtez de ma part les shengjian 生煎. Ce sont des petits beignets farcis de viande et de soupe. On les trouve aux étals de rue ou dans ces infimes restaurants qui sont un des grands charmes de la nourriture chinoise. Attention la première fois, comme ils sont bouillants et remplis de soupe, et aussi un peu gluants, les manger proprement avec les baguettes est... un jeu d'adresse...
Ce qui est unique dans les shengjian (littéralement: cru et sauté) est qu'ils sont à la fois moelleux et croustillants, grâce à leur mode de cuisson. Ils cuisent par fournées, serrés les uns contre les autres dans un grand plat. Le plat contient à la fois de l'huile et de l'eau.

"Trempez la dans l'huile, trempez la dans l'eau"

Grâce à l'eau, les shengjian cuisent à la vapeur. Quand toute l'eau est évaporée, l'huile chaude les fait frire et c'est ce qui rend la base croustillante.
La technique de mélanger l'eau et l'huile, qui donne ce merveilleux résultat, s'applique à d'autres aliments. La cuisson peut se faire à la poêle, couverte puis découverte. En fonction de ce que l'on cuit, il faut imaginer la juste quantité d'eau pour que la cuisson à la vapeur soit suffisante, et le juste temps de cuisson pour faire revenir juste ce qu'il faut ensuite.
Cette méthode donne de très bons résultats pour:
- les ravioli italiens, qui sont ainsi bien gonflés et un peu croustillants selon goût,
- les haricots verts, en laissant revenir juste un peu, éventuellement avec un peu de sauce de soja à la fin,
- les asperges,
- du céleri taillé en frites, etc.


lunes, 28 de diciembre de 2020

Sushi, revived

 As with many good things, I am picky with sushi.

Fish is the centerpiece. It needs to be good, more than good. Otherwise I prefer to eat a carrot and a piece of bread (that's another story to write, how I prefer a good carrot to so-so fish, and that means that one must be able to recognize a good carrot).

Then is the rice. I love rice. If I was forced to choose one food and eat nothing else for the rest of my life, I would surely go for rice. Of course there are tastier foods, but one I could imagine eating every single day of my life? I don't think so. 

But rice needs to be good too. And hot. Steaming fresh rice, which smells like a paddy field when ripe... Mmmhhh. That's why I am somehow disappointed by sushi rice. It's cold. And the vinegary taste is completely unnecessary.

Finally comes the nori seaweed. It complements fish and rice really well. Maki rolls are a great invention. But here again, I add a restriction. Nori is wonderful when it is crisp and crunchy. Unfortunately, when you turn it into a maki roll, it gets soft with the contact of the rice.

So I started again from scratch, and reinvented the simplest and best raw fish-with-rice-and-seaweed recipe. I don't dare call it sushi because this is probably not genuine, but it is genuinely good! Here is how it goes.

Preparation

1 - Buy very good fresh fish and cut it into slices (not big, not too small). 

2 - Steam some rice, for instance thai rice (avoid non-stick rice: we want the rice to stay together)

3 - Cut the nori seaweed into 10-15cm squares. Bake them in the oven (150°C) for a few minutes, so that they are warm and crisp. This is necessary if the pack is not freshly opened; even if so, the extra-crispness is worth the effort.

4 - Pour a little soy sauce into a small bowl. Pour a few tablespoons of oil into another bowl (olive oil is perfect).

5 - Nothing. Preparation ends here. Jump to Eating

Eating

Take a square of nori in your hand.

With a teaspoon, drop and smear a few drops of oil on the nori. The oil film will keep the rice from wetting the nori, keeping it crisp until it reaches your mouth.

With chopsticks or a spoon, put a moutful of rice on the nori.

Pick a slice of fish, dip it lightly in soy sauce if you like, then place it on top of the rice. Roll up and bite into it immediately.

So easy, so good... 💗


lunes, 1 de junio de 2020

Calling the salesman's bluff

photo: Michael Reeve (flickr)
Call it bluff if you don't want to call it bullshit. The salesman is here to make deals. He is not here to solve problems, not here to help others, not here to help society advance.

Don't expect courage. Expect bluff. Expect spiel.

Above all, don't expect truth. For the success of a real-estate deal, truth is irrelevant. What is relevant is to tell your target what they want to hear, whatever helps close the deal.

First, flatter your target. Smile. Caress. Speak the same language. Make yourself funny if needed. You experienced it, human vanity is a bottomless pit. Sometimes, you may even feel how you yourself revel in flattery from others.

When it comes to serving the bluff itself, above all, make it simple. Reduce issues to a single number: a price. Plain dollars. Health care? US-Europe defense alliance? WHO  governance? Boil down any issue to a number of dollars. Then let your gut speak: is that what I want to do with so many dollars? Or do I want to keep the dollars? (normally, keep the dollars).

Then, exaggerate. Depending on what side of the bluff you are, describe the number as either huge or insignificant. Nothing in between.

Of course, make sure you use decoys. That can be a rival customer, a hare you pull out to expedite an urgent decision. This is real-estate agent 101. It can also be a strawman you put up to justify why the deal has failed, if that were to happen. Decoys make sure it is never your fault, so that you can come back later to the same targets with another potential deal, even bigger, even better than the last.

What remains is then simply to fill the void. Never stop talking. Repeat, rephrase, expand. It should be effortless. If you've been doing it for 50 years since starting out in business, it has become a second nature.
Many people get offended by your bluff. This is totally beyond the point.
Over those years in business, you have also been schooled by your lawyer about what you may say or not. You automatically include the required disclaimers as you speak. When stating anything controversial, you mechanically indicate that it is "what some believe" or "what many people think". You pepper your problematic sentences with "maybes" and "probablys", which automatically deactivate any lie that they may contain. And you make sure that your claims, if not demonstrable, are at least not falsifiable, in the Popperian sense: if you state that an action is a world's first, you may be disproved. But if you claim that your deal is the most important or the most beautiful, then you are invulnerable.

This is not rocket science. It is indeed but a minor art, it has been described in books. Many people get offended by your bluff and they totally miss the point. They may enrage, they may hassle you or hate you. This is of no importance whatsoever. They are simply not the target for this particular deal. You know it by heart: if someone doesn't buy your bluff, just ignore them and move on to the next receptive person, to the next juicy deal. Move on. Just move on.

jueves, 17 de enero de 2019

slogans post-modernes - la collection

Cette collection de slogans post-modernes est née grâce à Volvic

"Parce qu'elle vous transmet plus que les oligo-éléments et les forces du volcan, l'eau de Volvic est une chance."


Analysons:
1. l'eau de Volvic vous transmet les oligo-éléments du volcan = je comprends.
2. l'eau de Volvic vous transmet les forces du volcan = je ne comprends déjà plus mais je comprends qu'il s'agit d'une métaphore et je devine l'intention du publicitaire (mais n'oublions pas, dans la bouteille, c'est de l'eau)
3. l'eau de Volvic est une chance = je ne comprends pas non plus mais j'admets l'usage d'un mot positif comme chance dans une publicité
4. l'eau de Volvic vous transmet plus que les oligo-éléments et les forces du volcan, c'est-à-dire qu'il y a autre chose = des années après avoir découpé cette étiquette, je m'interroge toujours sur ce que cela peut bien être
5. c'est à cause de cette autre chose que l'eau de Volvic est une chance, sinon ce ne serait pas une chance = le mystère est total. 

Nous sommes donc face à un slogan post-moderne, c'est-à-dire qu'il se situe au-delà des frontières de la compréhension et éventuellement - mais ce n'est pas le cas pour celui-ci - de la grammaire.

Une fois mon œil éveillé, ma chasse commença.

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vu à la gare d'Avignon
"La Certification, ça vous bouge la gare !"

vu à l'aéroport de Toulouse
"Responsabilité : que fait-on quand on hérite d'une grande histoire aérospatiale ?
EADS : on la projette vers le futur"

vu à la cantine :



Réinventons le stationnement

Pour que le train soit agréable, allons dans la même direction
(en Belgique)



Pyrénez-vous !



(pour un 4x4 de Hyundai) Merci Sébastien

Nos différences. Notre seul dénominateur commun
(Evidemment, pour un scientifique, ça choque).

Récidive de Luchon-pyrénez-vous: "l'Efferveillement"


"Tu mejor marca, la que dejas en la nieve"
Vu sur les pistes de Baqueira, le slogan de AUDI, qui a décidé de décorer toute la station de son logo.


cueilli au vol sur une voiture à Toulouse: "Ensemble, vivons la route !"



Start your impossible

à l'aéroport de Kuala Lumpur : blabla post-moderne

vu sur la route à Bangalore: "This bus is fueled by our children's imagination"
Enigmatique et vaguement inquiétant, un peu comme dans Monstres & Co, où les cauchemars des enfants sont la source d'énergie du monde des monstres.

"Là où les 'et si' prennent leur envol." (Aéroport de Toulouse)
Toute personne ayant la moindre idée de ce que cela signifie est priée de me contacter.






coiffeurs spirituels - la collection


Coiff1rst (Paris)

Visionhair (Paris) - coiffeur-opticien

Ecole ABC d'Hair (Toulouse)

Imaginatiff' (Toulouse)

Actu'elle et lui (Chambéry)

Jok'hair (Toulouse)

L'An Vert Salon (Toulouse)

le Cav'Hoh de Gaetan (Nancy)

Horreur ! C'est international (Deggendorf, Allemagne)

ProsPhair (Paris)

Diminutiff (Albi)

et son cousin Diminu'tifs (Barcelonnette, merci Anouk)

Au fil de l'hair (Toulouse)

Alt'Hair Egaux (Toulouse)

un des sens (Nancy) - bon c'est un salon de beauté
mais justement, trop beau pour ne pas l'inclure

Inven'tif (Paris) - merci Benjamin

Ainsi Soit Tif (Albi)


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Des vacances bien remplies (2019)

Ces vacances dans l'Est ont été une bénédiction pour la collection. Un esprit particulier anime-t-il la contrée ? Y a-t-il quelque chose "dans l'hair" ? En ouverture de la Colline inspirée, Maurice Barrès, connaisseur de la région, écrit qu'"il est des lieux où souffle l'esprit". Partout en effet surgit ici l'inspiration, à un point presque inquiétant.

Glissons sur le classique Imagin'Hair, qui fait toujours plaisir (Etival)

Cueillons au vol cet Aquar'elle (Nancy)

Osons un mutin Fusion'Elles (Obernai)
S'intitulant "coiffeur-barbier", on suppose qu'il s'adresse
aux fameuses femmes à barbe alsaciennes

On saisit bien ici la puissance d'évocation et de jouvence de l'indispensable apostrophe. Dans le Grand Est, elle foisonne. Je vous épargne "Self'coiff" (Nancy), qui n'a pas manqué de s'en affubler, car c'est une chaîne. Je préfère mentionner, bien qu'hors de notre sujet, ce plantureux "Concept d'interior's +", le marchand de cheminées qui auréole St-Dié de sa verve, par la magie d'une simple apostrophe.
A l'inverse, voyez comme le normalement lumineux Atmosp'hair semble plat et étriqué quand on oublie ce même signe (Nancy) :

Les innovateurs cherchent à remplacer l'évocatrice apostrophe par un trait d'union (Obernai) :
ou par un point médian (Obernai encore) :
(comment diable choisir un nom pareil ???)
mais ce que l'on gagne en originalité est à l'évidence perdu dix fois en dynamique et en lyrisme.
Chantons l'apostrophe ! Elle est le sel des enseignes, elle relève la banalité, harmonise les contraires. Elle propulse la prose vers un infini nouveau : la poésie publicitaire.
Avouons que le génie local parviendrait par soi-même à transcender cette magie :
Comme dirait Shakespeare (By Any Other Name would smell as sweet), Seven'tif serait encore Seventif sans l'apostrophe (St-Mihiel).

Et chez FaCi l'à Coiffer (St-Michel sur Meurthe), la subtilité typographique ouvre de telluriques fractures grammaticales, que l'apostrophe ne fait que diffracter et rehausser de sa moirure.

Parfois, au contraire, l'omission volontaire de l'apostrophe se justifie par la sensation de permanence et d'intemporalité qu'elle engendre. C'est là un geste parfaitement maîtrisé, au service du concept de la boutique (St-Dié) :

Ce concept il est vrai nous inquiète un peu. Probablement une coiffeuse et un brocanteur se sont-ils unis dans le commerce et dans la vie. Mais nous ne pouvons nous empêcher de frémir : le jeu de mots est-il un fruit ultérieur de leur rencontre, ou n'en a-t-il pas été plutôt le vrai catalyseur ? Est-il sage de fonder son couple sur un calembour ?

Reprenons notre souffle après cette prolifique escapade. Jetons finalement à la volée l'énigmatique "Hair and fish" (Maxéville). Les nouveaux propriétaires l'ont rebaptisé "le Coiffeur du Coin" et n'ont conservé que le pannonceau supérieur en souvenir, ce qui est probablement sage, mais ensevelit à jamais son secret dans l'oubli.
(Hair and fish - image d'archive)

What’s in a name? that which we call a rose
By Any Other Name would smell as sweet;
So Romeo would, were he not Romeo call’d, 
Retain that dear perfection which he owes 
Without that title.


Et ça continue...

O NATUR'L (Saint-Dié)

NO SY ZO (Laxou)
qui fait pièce à son collègue O'6O (Laxou aussi)

Bul D'hair (Nancy)

Thair D'eden (Nancy)

Cap V'Hair (Paris) - merci Benjamin !

Addict'R (Vienne) - une énigme. On suppose que "R" signifie "Hair" mais malgré cela on atteint des sommets de profondeur

Mon Des'hair (Nancy), parce qu'il est rue de Mon Désert (merci Maman)

Hôtesse de l'Hair (Paris)